Tuesday, June 9, 2015

Le Vent froid de la Nuit

Once again, I've done what I could to translate a poem by Leconte de Lisle.

The Cold Wind of the Night.

The cold wind of the night blows through the branches, and snaps, now and then, the dried-up twigs. The snow, on the plain where the dead are buried, like a shroud extends white folds into the distance.

In a black line at the edge of the strait horizon, a long flight of crows passes by and grazes the earth; and a few dogs, digging into an isolated mound, clink bones against bones in the tough grass.

I hear the dead moan under the crumpled grass. O pale inhabitants of a night without awakening, what bitter memory, troubling your sleep, escapes in heavy sobs from your frozen lips?

Forget, forget! Your hearts have been consumed; of blood and heat your arteries are clear. O dead, happy dead, prey to avid worms, remember life no more, and sleep!

Ah! When I can descend at last into your deep beds, like an old convict who sees his fetters drop away, how I would love to feel, without suffering, that which was myself go back into the common dust!

But, O dream! The dead are silent in their night. It is the wind, it is the effort of the dogs at their feeding, it is your dismal sigh, implacable Nature! It is my ulcerated heart that cries and moans.

Be quiet. The sky is deaf, the earth abhors you. What good so are many tears if you cannot heal? Be like a wounded wolf who falls into silence to die, and who bites at the blade with his bleeding jaws.

One final torture, one final heartbeat, and then, nothing. The earth opens up, a scrap of flesh drops in, and the grass of oblivion shall hide the grave and grow forever on so much vanity.

* * * * *

Le Vent froid de la Nuit.

Le vent froid de la nuit souffle à travers les branches
Et casse par moments les rameaux desséchés;
La neige, sur la plaine où les morts sont couchés,
Comme un suaire étend au loin ses nappes blanches.

En ligne noire, au bord de l'étroit horizon,
Un long vol de corbeaux passe en rasant la terre,
Et quelques chiens, creusant un tertre solitaire,
Entre-choquent les os dans le rude gazon.

J'entends gémir les morts sous les herbes froissées.
O pâles habitants de la nuit sans réveil,
Quel amer souvenir, troublant votre sommeil,
S'échappe en lourds sanglots de vos lèvres glacées?

Oubliez, oubliez! Vos coeurs sont consumés;
De sang et de chaleur vos artères sont vides.
O morts, morts bienheureux, en proie aux vers avides,
Souvenez-vous plutôt de la vie, et dormez!

Ah! dans vos lits profonds quand je pourrai descendre,
Comme un forçat vieilli qui voit tomber ses fers,
Que j'aimerai sentir, libre des maux soufferts,
Ce qui fut moi rentrer dans la commune cendre!

Mais, ô songe! Les morts se taisent dans leur nuit.
C'est le vent, c'est l'effort des chiens à leur pâture,
C'est ton morne soupir, implacable nature!
C'est mon coeur ulcéré qui pleure et qui gémit.

Tais-toi. Le ciel est sourd, la terre te dédaigne.
A quoi bon tant de pleurs si tu ne peux guérir?
Sois comme un loup blessé qui se tait pour mourir,
Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne.

Encore une torture, encore un battement.
Puis, rien. La terre s'ouvre, un peu de chair y tombe
Et l'herbe de l'oubli, cachant bientôt la tombe,
Sur tant de vanité croît éternellement.

-- From ŒUVRES DE LECONTE DE LISLE: POÈMES BARBARES, by Leconte de Lisle.
Alphonse Lemerre, Paris, sans date (1889?).

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